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Faut l'tenter !

Barcelona, dans la douleur

20 Mars 2013 , Rédigé par Mathieu Leonard

Chapitre 2 : Le doublé père-fils ----------------------------------------

A la suite de ce premier marathon riche en émotion, j'ai désormais "le pied à l'étrier", autrement dit je suis rentré dans un "engrenage", autrement dit je ne vais pas arrêter la course à pied ed si tôt, mais bien au contraire : comme la plupart des sportifs, je vais aller chercher des difficultés supplémentaires (allonger les distances, augmenter la difficulté (denivelé, froid, nuit, ...), améliorer les temps) et chercher à faire toujours plus dur.

Viennent donc quelques trails autour de Chambéry, où mes membres inférieurs commencent à s’adapter au dénivelé. Puis, un week end au départ banal du 8 et 9 décembre, s’organisent les 24h de Bassens. Le principe est simple, on peut courir pendant 24h au profit du Téléthon. Je m’y rends donc le Samedi vers 15h et commence à courir sur le tour de 1,4km proposé. Les tours s’enchainent et je me prends au jeu, et passés les 20km, je décide d’aller jusqu’à 30, puis 42 (synonymes de marathon), ce que je fais. Je m’arrête donc après 4h12 de course, soit un petit 10km/h de moyenne. Les bénévoles et organisateurs me remercient et me disent que je peux revenir demain si je le veux, jusqu’à 14h. Cette idée me trotta évidemment dans la tête et c’est avec difficulté que je me levai le lendemain, quelques courbatures mais envie d’y retourner. En effet, je donne rarement au téléthon, et là c’est faire d’une pierre deux coups : aider le téléthon et courir.

Je suis donc de nouveau au départ le lendemain vers 9h45 (avec l’idée folle en tête de refaire 42km, je prévois donc les 4h15 nécessaires). Et c’est reparti, camelback sur le dos, boisson énergétique et pain d’épice, je fais mes tours et mes calculs dans la tête pour tenir les 10km/h. Malgré les ampoules rapidement douloureuses, je continue et plus d’une fois je me veux arrêter, d’autant que je sais que je ne fais pas du bien à mes articulations à leur infliger ça. C’est la raison pour laquelle, je n’ai parlé qu’à peu de gens de ce « double-marathon » ou l’ai minimisé en disant (double) semi-marathon pour ne pas effrayer l'entourage,et notamment mes parents.

Je finis donc vers 14h, en exactement 4h12 comme la veille et 84km en 24h au total. Fier de moi, les bénévoles me remercient chaleureusement, même si 3 autres coureurs en ont fait davantage, et montent sur le podium final. Dommage.

Les deux jours suivants sont durs, et je sens bien que le corps porte de lourdes séquelles. Je laisse donc une grosse semaine de récupération pour ne pas me blesser. Puis arrive la saison de ski, a fortiori plus chargée cette année, j’habite plus prêt des stations désormais.

Entre temps (début janvier), un nouvel objectif arrive et Denis et mon père me proposent le marathon de Barcelone où nous voulont tenter l’objectif de moins de 3h30 (une petite dizaine de tentatives manquées pour mon père). J’accepte et rattaque une prépa, jalonnée par des trails blancs (courses dans la neige) et la semaine de ski aux Arcs. La préparation se passe relativement bien même si ma blessure au dos en ski me coute une petite semaine de repos et une belle frayeur d’avoir vraiment cassé quelque chose. Le kiné me répare et je peux continuer à m’entrainer pour prendre l’avion vers l’Espagne le vendredi 15 mars (2013). Un bon petit week end en perspective avec comme point central ce marathon et l’objectif rêvé, mais bien moins confiant qu’à Lausanne (et pour cause, des courbatures la dernière semaine).

On (Denis, mon père et moi) s’acclimate assez vite à la ville espagnole qui est bien organisée. Notre seule difficulté est qu’aucun de nous ne parle espagnol, ni même un peu. Une sortie course à pied le vendredi soir sur la digestion et quelques butes m’ont rendu les jambes lourdes (quadriceps notamment) et une première visite des environs le Samedi (10 km de marche environ) pour les user un peu plus ne me rassurent guère. Mais qu’importe, ma mission est d’accompagner mon père pour lui permettre de réaliser cet objectif (de plus en plus compliqué pour lui chaque année).

Au départ, dans le sas des 3h15-3h30, un peu de pression. Puis le départ, et les premiers km. Sans se parler, nous conviendrons par la suite du fait que c’était déjà dur de garder le rythme de 12,2-12,3km/h obligatoires pour passer sous ces 3h30. Peu importe, on patiente. On passe au 7e autour du Camp Nou, puis des petites montées nous font arriver au 10e km en 49’20, soit dix petites secondes d’avance sur l’allure nécessaire. Pas d’inquiétude, arrêt pipi au 14e, puis Denis nous photographie à la Sagrada Familia au 16e (où nous avions notre logement, et d’où il part !). On va faire un aller-retour puis on passe le semi-marathon en 1h43’30, soit 1’30 d’avance si l’on enlève la minute nécessaire pour faire les 195 derniers mètres d’un marathon. Les jambes sont très dures, d’autant que mon père me dit qu’ « il n’est pas terrible » au 24e dans une ligne droite interminable. On prend notre mal n patience, kilomètre par kilomètre en pensant positif, puis on va faire un autre aller-retour au 28e km, c’est là que je commence à vraiment pêcher. Outre les ampoules, qui me serinent le coussinet et les orteils depuis le 15e km, je commence à avoir du mal à garder le ryhtme si bien que je me fais distancer de 10-20m par mon père qui lui me semble bien. Il n’en ai rien, et comme moi, du 30e au 37e, c’est la guerre dans nos têtes respectives : l’envie d’arrêter, les douleurs, se mêlent au désir d’y arriver et de ne pas décevoir les spectateurs, nos proches, et nous-mêmes. Je fais donc l’accordéon juste derrière mon père, me convaincant de ne pas le lâcher. Au 37ème km, on passe sous l’Arc de Triomf (oué à Barcelone, ils l’écrivent avec un f), et les spectateurs sont très nombreux. Ce sont sans doute eux qui me donnent la force de revenir au contact, à côté de mon père qui me dit alors qu’il n’est pas bien et pense que je peux partir...

Comme un sentiment de déjà vu ? Lausanne bis. Cette fois, pas question, j'insiste pour rester, je ne suis pas venu là pour moi en réalité mais bien pour aider mon père. Deux bonnes minutes de discussion et je me résouds à le laisser, à mon grand regret. Je réalise alors que j’ai quelques réserves insoupçonnées et je le distance très lentement sans me retourner. Les centaines de mètres défilent et je parviens à garder les 12km/h. Entre 28 et 40, nous avons perdu une petite minute, mais je sais qu’il me reste un petit « coussin » d’environ 45sec pour gérer le faux plat montant final. Je m’accroche et entre dans la dernière ligne droite au 40e km en 3h18’24 et c’est entre le 40e et le 41e que je comprends que je vais le faire : j’arrive en effet à soutenir 12,5km/h et dépasse lentement des coureurs par grappe. L’euphorie m’envahit au 41e, le grand sourire aux lèvres, je tape sur l’épaule de quelques-uns pour les motiver à m’accompagner. Le dernier virage et la dernière ligne droite sont une délivrance. Une dernière concentration pour bien passer le transpondeur afin d'enregistrer mon temps (3h28’52 à ma montre – 56sec officielles) et je me plie vers l’avant, pose mes mains sur mes genoux et commence à pleurer. Première rincée, puis, je me retourne et les secondes sont longues à chercher du regard mon père arriver. Il serre le poing et l’énorme étreinte ne tarde pas tandis que je pleure à nouveau, content d’une part pour moi, mais encore plus pour lui. Je sais que d’une certaine façon, je participe à son bonheur et je suis aussi persuadé que sans lui, je perds entre 5 et 10min aujourd’hui, et ne remplit donc pas l’objectif.

On marche ensuite, je titube plus que je marche, tiraillé par les ampoules, les douleurs musculaires et articulaires sourdes. Je rends ma puce, on me passe la médaille autour du cou, et l’on rejoint le métro en téléphonant à maman pour lui annoncer la nouvelle. Fière de moi encore une fois, elle a du mal à réaliser et à partager notre liesse. Le métro est bien chaud et le retour est long lorsqu’il nous faut nous tenir à la rampe et se déhancher pour monter et descendre des escaliers. Qu’importe, « c’est fait ! ». Retour à la maison, les fringues sur la fenêtre, une douche, et un premier pansement sur les ampoules (4 grosses).

Denis nous rejoint ensuite à l’appart, moins touché physiquement car n’ayant fait que 26 bornes, et l’on partage avec lui notre bonheur. On descend ensuite manger dans un petit bar typique en bas, le gérant ne parlant pas un mot de français, on commande les noms de tapas les plus bizarres et arrivent des sardines, des coques, des calamars, des tentacules… succulents en plus. Et deux bières et un malaga plus tard, nous voilà en train de visiter le Parc Montjuic, au sud de la ville, avec le château, le stade olympique, le musée d’art moderne, etc… Ils se moquent allègrement de ma démarche et me surnomme Thomas Edison (rapport aux ampoules, qui me font boiter). Un petit sandwich au jambon ibérique et deux lignes de métro plus tard, on se pose ensuite à l’appart avant de ressortir pour la St Patrick.

Un bar irlandais repéré le 1er soir en courant nous sert une Murphy et une Paulaner (pintes), puis nous mangeons dans une espèce de pizzeria, où tenez-vous bien, la pinte d’Affligem coutait 3€20. Improbable. Donc une 3e pinte, puis une dernière dans un bar en regardant Nadal-Del Potro sur écran. On rentre donc bien amochés et demain, levés 7h45 pour être dans la file d’attente de la Sagrada Familia à 8h30.

Ce que nous faisons après avoir englouti le petit déj suivant : tranches de pain de mie toastées, bacon, œuf, jus de fruit. Fait ! (voir photo). La Sagrada : indescriptible. L’extérieur est déjà impressionnant avec les clochers de 125m, mais l’intérieur est tout bonnement époustouflant. A voir dans une vie ! Et avec l’audioguide, pour bien comprendre la virtuosité de Gaudi (l’architecte qui a conçu les plans). On se rend ensuite au cœur de la vieille ville (Ciutat Vella). Des petites ruelles bien sympa, un bar servant un super malaga et un chorizo chaud délicieux, on se baigne dans la foule du Marché de la Boqueria, où l’on mange au comptoir d’une sorte de bar à poissons. Typique !! Bien sympa même si tu sens passer le prix dû à la fraicheur des produits. Vieille ville encore l’apres-midi, puis Churros con Chocolate à Sants Estacio, où, les jambes meurtries à avoir marché encore toute la journée, on galère pour trouver la Churreria, vulgaire cahute où un espagnol bien ventru comprend rien à notre français, mais arrive à nous servir ce qu'on veut.

On rentre ensuite à l’appart se poser une heure avant d’émerger pour la dernière soirée barcelonaise. On commence par se tomber 2L de San Miguel et une bouteille de blanc à 3 avant de sortir en quête d’un dernier repas. Recherches infructueuses jusqu’à trouver LE bar. Irlandais forcément, le serveur rouquin l’est autant que les musiciens qui arrivent et se mettent à jouer dans le fond. +3 pintes (voir photo) chacun et un hamburger, une pièce de viande et un Irish stew partagés, on se déplace pour apprécier la musique celtique dégagée par ce groupe de 19 musiciens. Un régal ! Puis, je repaie ma pinte, obligeant les deux autres à payer ensuite la leur. De plus en plus souls, on adore la musique déjà super à jeun, je discute anglais avec des espagnols qui veulent venir visiter la Normandie (?). Je leur recommande le fromage et le calva, et après les 6 pintes, on regagne l’appart tant bien que mal vers 1h du mat.

Détruits en se couchant, on était pas bien mieux le matin en allant à l’aéroport. Rarement eu une gueule de bois pareille. Le délicieux petit déj au Starbuck (cookie au chocolat blanc) n’y fera rien, mon système digestif est HS, et je suis barbouillé même dans l’avion. Retour sur Chambéry où j’ai faim. Je retrouve l’appétit seulement le soir après m’être dégourdi les jambes en VTT. Au final, un week end mémorable, et donc difficile de revenir à la réalité du quotidien, avec les échéances scolaires à respecter et le sérieux social et alimentaire à retrouver.

Barcelona, dans la douleur
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