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Faut l'tenter !

Ironman Vichy 2015

2 Septembre 2015 , Rédigé par Mathieu Leonard

Chapitre 16 : Echec victorieux ---------------------------------------------

Voilà donc le récit de mon « 2e Ironman ».


Après un Embrunman (comme baptême) super bien passé l’été dernier, je m’attaquais au plat et espérais établir un temps de référence cohérent.

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu…

Revenons à la genèse de l’inscription. Mi-janvier, la franchise « Challenge » qui organisait l’événement à Vichy (sous le nom « Challenge Vichy ») est rachetée par « Ironman » (marque sud-africaine qui organise notamment celui de Nice en France et bien d’autres : Barcelone, Francfort, Zurich, et bien sûr Hawai)
Le tarif de l’inscription est alors très attractif avant d’augmenter progressivement pendant le printemps. C’est ainsi que mon père et moi décidons de nous inscrire. 300€ pour lui, 50 de plus pour moi (car je ne suis pas licencié cette année, et c’est ce que me coûte la « licence journée »). C’est peu cher quand Nice est à plus de 600€ et Zurich à près de 700. Bref. T’en qu’il y a du monde pour venir… me direz-vous.

On a donc notre Maxi Race de calée fin mai, et donc l’Ironman de Vichy fin aout, sur nos terres !! Beau programme. L’entrainement et la préparation doivent suivre.
Celle de la Maxi se passe assez bien, même si on fait ça un peu comme on peut, pas hyper rigoureux pour un 1er Ultra trail. On a à peu près les kilomètres et le dénivelé dans les pattes, la course est très dure, mais ça passe. Je n’y reviens pas, tout un chapitre retrace cette belle expérience pédestre.

Comme certains le savent, je m’oriente dorénavant sur la Gendarmerie mais hésitait avec l’armée et un parcours d’Officier sous contrat.

Pour en savoir plus sur cette seconde branche, et pour l’expérience militaire et humaine, je pars en PMS (Préparation Militaire Supérieure) fin juin, pour en revenir le 20 juillet grosso modo. Idem, « résumé » (long) au chapitre précédent.

C’est mal placé pour préparer comme il faut l’Iron, mais les 3 semaines étaient particulièrement enrichissantes, aguerrissantes même. Mais pas de vélo, pas de nat, et peu de course à pied.

Au final, il me reste 6 semaines complètes avant le Jour J (30 aout). Il me faut bien 3-4 jours pour récupérer notamment du sommeil, donc en gros 5 semaines de travail. Et à caser sur mes jours de repos du job d’été (maitre-nageur à Clermont – 10/18h env. 5j/semaine).

Maintenant que j’y repense, je partais pas gagnant et je me suis encore bien compliqué les choses.

Je m‘attelle donc à remonter sur mon beau Cube (il m’a manqué, vraiment). A refaire de la position recherche de vitesse (avant-bras posés sur les prolongateurs).

On fait quelques sorties avec Laurent, j’en chie au bout de 60, 80km. Lui, sur son contre-la-montre (vélo un peu mieux profilé), nickel.
Et puis, ça revient. Je me remets, non sans peine, à nager et courir. Quand j’y repense, j’étais pas super motivé. Seul le vélo était un plaisir et non une contrainte.
Donc, je vous passe les détails techniques et tout le mois d’aout. En gros, on monte à 15-20h d’entrainement par semaine. J’en ai quelque fois marre du plat et de faire les mêmes parcours à vélo, donc je m’autorise à faire un peu de montagne sur les volcans et le Sancy. Bien cool. Bonnes sensations.

Un rayon (jante avant) pété. Réparé assez vite par un très bon vélociste que je ne connaissais pas à Clermont. (Techni Cycles, rue de l’Oradou. Je le recommande).


Et la plus grosse sortie vélo, 135km. Oui seulement. Et cramé au bout de 110 ou 120. Des simul d’une boucle de l’Iron autour des 2h50. Pas mal.

Les enchainements course à pied après le vélo vont bien, j’arrive à courir à 11,5/ 12 km/h pendant 1h, même 1h20. J’suis content.

Je ME SENS prêt. Et c’est là l’erreur. Toute façon, je n’ai plus beaucoup de temps. Il reste 2 petites semaines. Il est temps d’enfiler la combar et de nager en plan d’eau (Cournon). Bof. Et très bof à la 2e tentative après une cuite la veille.

On finit donc la dernière semaine tranquille, en se rassurant. Quelques longueurs en piscine et des simul 3800m autour des 1h05 / 1h06, comme à Embrun. « Ca ira bien ».

A ce stade, je pense être un peu juste en course à pied (je sais que le marathon d’après vélo sera dur), mais je ne me voyais pas juste en vélo. Alors qu’en étant le plus logique du monde, 135km laborieux, c’est loin de suffire pour boucler correctement les 180km de dimanche. Je ne l’avais pas anticipé.

Je débarque donc à Vichy mercredi soir, je suis de repos jeudi et vendredi, et je retravaille samedi, veille de la course…

On reçoit nos invités à la maison, amis et couples d’amis. On est déjà 12 dans la baraque le Jeudi soir. Tout se passe bien. Les derniers entrainements sont bons. Je paume juste mes lunettes à la piscine le vendredi matin, avant d’aller récupérer mon dossard. Un détail.

Le vendredi soir, on est 14. Et 2e nuit consécutive à mal dormir. La chaleur. Oui. Cogiter, se passer les scenarii de la course de dimanche. Oui. C’est comme ça.

Samedi je pars bosser. Journée longue et chiante avec une chaleur accablante. Et bien sûr, tous les cassos sont de sortie. Pendant ce temps, Lionèle Baroux (Vichy Triathlon) va chercher sa qualif pour l’Australie sur le half (Ironman 70.3). Impressionnante. Et elle court le full (longue distance le lendemain). Oui oui !!

Et Jean-Max fait de même, très solide. Bravo à eux deux. David, qui participait aussi, est content de sa perf. Nickel. Je rentre donc le soir et les bonnes nouvelles affluent. On speede pour aller déposer les vélos au parc et les sacs transition. Sans encombre. Même mon casque, légèrement fendu depuis la reco du parcours d’Embrun (juillet 2014), n’est pas repéré. Ouf. On rentre à la maison. On dîne. On boit du Perrier alors que les autres sont à la bière. C’est le jeu.

A 22h, c’est l’heure de mon rituel.

Comme à Ceillac l’an dernier, je souhaite une bonne nuit à tout le monde, et file à l’horizontale, et écouteurs sur les oreilles, me passe des morceaux que j’affectionne :

  • The Ballad of Mona Lisa- Panic! at the disco
  • Long Way- Daughtry
  • On the inside- Daughtry
  • Ready to go- Panic! At the disco

Dans cet ordre. La dernière est importante et me conforte dans l’idée que je suis « Ready » = prêt.

Bref.

Je m’endors facilement, alors que je redoute de tourner un moment. C’est souvent ça la veille d’un grand départ ou d’une grande course. Là, non.

Le réveil n’est pas si compliqué. 4h45.

Déjeuner. Passage aux toilettes. Petit retour au lit (mini-sieste) : il me manque du sommeil.

6h, départ de la maison.

6h15, arrivée sur place. Départ 7h08 pour Laurent. 7h12 pour les filles (Lionèle « la machine » et Anaïs, toutes deux de Vichy Triathlon). 7h20 pour moi et Javi. 7h30 pour Oscar (logeant tous deux à Abrest).

NATATION

Derniers dépôts des sacs, enfilage de combi. Tom et Jeff sont là pour les derniers encouragements. Je rentre dans l’eau. Je suis concentré. Prêt à en découdre. Je suis en 1ère ligne. Et PAF. Ca part. Je nage plutôt bien. Je suis tranquille pour nager, personne me nage dessus ou me met des baffes. 1er aller. 16’ au bout. Ca va. On continue.

1er retour. Les mines flottantes. On récupère des bonnets roses (filles parties 8 min devant) et des bonnets rouges (hommes partis 12min devant). Il faut les anticiper, puis les contourner.

Sortie à l’australienne. Beau plongeon pour retourner à l’eau. 1,9km de fait. 32’40’’. Ok. 2e boucle semblable à la 1ère. Il faut continuer de faire gaffe devant soi aux retardataires des vagues précédentes. Je suis au 3500m en pile 1h. Et sort enfin de l’élément liquide en 1h05 et des poussières. Parfait. Comme à Embrun. Jusque-là tout va bien…

La transition n’est pas super rapide (la famille Léo n’est pas experte là-dedans). Je prends le temps de ranger mes affaires et de bien enfiler mon cuissard et mon maillot vélo. Quand on part pour 6h de vélo, faut du confort (un minimum). Au total, en récupérant le vélo, casque sur la tête et porte dossard à la taille, j’enfourche la bécane après 7 grosses minutes. Soit 1h13 totales pour l’instant.

VELO

Je ne peux m’empêcher de bien rouler dès le début. Ça va bien alors je roule. Sans me poser de questions… Ce sera pour plus tard^^

On traverse Bellerive où je reprends Anaïs (partie 8min devant en nat). Nickel. On sort des petites routes tortueuses et je mange mon 1er croque-monsieur jusqu’à Hauterive, tranquille, posé sur les prolongateurs. Je reprends de plus belle ensuite, bien posé sur l’avant de ma selle, ça file à 33/34 km/h, un tout petit vent de face. Ça ne peut que bien aller. Je progresse très bien, et je double pas mal de dossard roses (filles) et rouges (hommes). Mon Garmin m’annonce des 18’20’’, des 17’30’’ par tranche de 10km. A Maringues, 30km passés, je suis à 33,1 de moyenne. Et je bascule avec un peu de vent dans le dos. C’est parti !! La banane aux lèvres, je continue ma chevauchée.

En bas de la côte de Bas et Lezat, environ 60km, je suis à 33,5 de moy. Nickel. Presque un peu trop nickel. Ça va faire du 2h40-2h45 au 1er tour. Mieux que ce que je faisais à l’entrainement, mais là j’ai 2 tours à faire. On verra. Profite du moment.

Et je le fais de la plus belle des manières. Moi qui aime la montagne et donc les côtes, je dépose littéralement des mecs avec des super vélos (roues pleines à l’arrière = lenticulaires). « Je fais mon festival » (comme dans les parties très pentues à la Maxi Race). La même euphorie. Ca enchaine, forêt de Randan et retour. Je bascule dans Bellerive en un poil moins de 2h41. Trop content. Et à mille lieux de me douter de ce qui va m’arriver. Alors que c’est pleinement logique.

De la même façon, je grignote mon croque-monsieur avant Hauterive, mais… plus couché sur les prolongateurs. Ca passe mieux le buste relevé, et ça soulage un peu le dos.

100km. Là, il faut relancer. Mais le vent s’est levé. Enfoiré. Et les 32/33 km/h de tout à l’heure se transforment progressivement en 28/29. L’impression d’être collé à la route, lourd, englué. Et tout un tour à boucler… Aie !

Je patiente, me disant que la puissance jambière du 1er tour va revenir. Mais je crois que sans prévenir, elle a posée 3h cet aprem.

110km. Idées noires. Je m’arrête pisser tandis que j’aperçois Lionèle juste devant. Je reprends et la rattrape tout doucement avant Limons. Là, je dois m’arrêter après avoir essayé de verser un sachet de poudre énergétique dans ma gourde en roulant. L’ornière et la giclée de flotte dans la gueule m’ont fait faire une petite halte. Elle repasse. Je reviens. On discute. De ses sensations (je rappelle, elle a couru l’half (1,9km nat/ 90km vélo/ 21,1km course) la veille et a fini 1ère de sa catégorie), des miennes, de ce connard de vent. Elle a le sourire aux lèvres, 7j/7 24h/24. Pas moi.

Je commence vraiment à en chier et je ne peux plus me tenir le buste couché sur les prolongateurs. Je ne suis plus efficace. Les jambes n’ont plus de force dans cette position. Lionèle part progressivement. Je suis seul, au milieu de la plaine où j’étais à 36/37 tout à l’heure. Là, c’est 28-30. Maxi. Et ce vent, ces rafales que je prends en plein pif et qui me freinent. Je rage intérieurement.

Maringues. Km 120. 2/3 de fait. Le vent est dans le dos. Yes. Je suis redressé sur mon cintre, les jambes tournent, mais sans force. Je me fais reprendre par la plupart des concurrents que j’avais pris au 1er tour. Et là, une voix connue. Mon père. Il me voit, quasi arrêté (25/26 km/h alors que tout le monde est à 30/31/32) en pleine ligne droite. « Ca va ? » « Non. Cramé » « Accroche toi Mat. Chasse tes idées noires » « Ca fait 30 bornes que j’l’es ai alors… » Là, les larmes me viennent (derrière les lunettes). J’vous jure.

« Allez, continue, fais ta course » je lui lance. Il part en m’exhortant à continuer et rallier le parc à vélos et partir courir. A ce moment, il a peur que je bâche (abandonne) et moi-même, j’y pense sérieusement.

Je n’ai qu’une envie, c’est jeter ce putin de vélo dans le fossé et faire toute autre chose : de la pétanque, du badminton, même courir, mais plus de vélo. S’il vous plait, plus de vélo.

Mais la réalité est bien là. Je suis sur mon Cube (que d’habitude j’adore), et il me reste 50 gros kilomètres.

Là, en 5km, tout se passe dans ma tête. Je m’insulte de tous les noms. T’es nul. T’es une merde. Une trompette (un mec qui dit qu’il va faire ceci, cela, et qui finalement fait de la merde ou abandonne). Je me dis que j'aurais mieux faire de faire le half plutôt que l'Ironman.

Et me revient en tête ma prépa. « Non, mais, Mathieu, tu pensais vraiment que les 180km allaient passer nickel alors que ta plus longue sortie de la prépa c’était 135km laborieux. » T’es débile. Oué, t’es con en fait. Tout y passe. J’suis dégoûté. Ecœuré. J’ai envie de tout arrêter. Arrêter le sport en général. Je repense à mon voyage en Europe préparé pour le mois de septembre, après l’Ironman. Je me faisais une joie d’y aller, et là je ne veux même plus y aller et regrette d’avoir acheté le billet il y a 2 jours. Je regarde mes jambes bronzées, bien épilées, c’est beau, mais ça n’a plus de jus, ça n’avance pas.

Et tout en continuant de lutter contre ma déchéance, je m’imagine le scénario :

[[[ Il est environ 13h. Alors c’est ça que tu veux : Poser le vélo. Abandonner. Rentrer avec les bénévoles. Attendre jusqu’à 19h que tous tes potes arrivent. Chialer. Pas de médaille. 1er abandon sur une course, et qui plus est sur un Ironman. Et le soir, à la maison, tu iras te coucher, en t’excusant. Et alors que tout le monde sera finisher et content de sa perf, toi tu te sentiras plus bas que Terre. Nul. Inutile. Bon à rien. ]]]

Pense positif. Même si tu traverses une période très dure, pense à ta famille, à tes amis qui t’ont encouragé. T’as dit à tout le monde que tu faisais ça. Et tu veux abandonner ? Non. Pense aux handicapés, aux blessés. A tous ceux qui rêveraient de faire ce que tu fais.

Et petit à petit, on s’habitue à cette très lente allure. La barre salée récemment achetée (Mule Bar Spicy Mix/ Pistachios) ne m’aide pas, malgré son super goût changeant de l’ordinaire. Je rebascule avec le vent dans le dos.

140km.

150km. Les quadri un peu durs, j’essaie de les étirer en pliant la jambe pour mettre le dessus du pied sur la selle. Crac. Crampe ischios (derrière la cuisse). Jambe gauche ? Idem. Tant pis. C’était beau de le tenter. Je croise un mec aussi mal que moi. « Toi aussi t’es cramé ? » « Oui, j’suis cuit » me répond-il.

Ça me rassure. Et là, progressivement, ça repart. Sentant la fin approcher. Les jambes sont rentrées de leur pause ? Ca à l’air. La portion jusqu’à Bas et Lezat est difficile, mais je refais mon numéro dans la côte où la plupart des athlètes semble collée à la route, granuleuse pour ne rien arranger. La forêt de Randan passe bien. Il reste 10 gros kil. Je reviens sur un Mathieu (tout ptit bonhomme, 50 kilos, à peine 30 ans, trifonction violette et blanche, et couché sur son vélo à la roue lenticulaire) que j’avais doublé, puis qui m‘avait redoublé dans mon « passage à vide » en me disant « Allez mec, accroche toi, ça va revenir ». Je passe en lui avouant « T’avais raison, c’est revenu. ». Il sourit, et moi j’ai retrouvé le mien aussi.

C’est reparti. Les 10 derniers kil vont bon train, comme au 1er tour. C’est à n’y rien comprendre. Comme si je m’étais « écouté » pendant 50km alors que j’avais la force et l’énergie à l’intérieur. Décevant, mais je rentre au parc à vélos avec le sourire.

Presque 3h10 pour le second tour, soit 30min de plus que le 1er (20% de plus) et un vélo total de 5h50 environ. J’ai limité les dégâts finalement. On est à un peu plus de 7h de course.

COURSE A PIED

Je dégrafe mes chaussures juste avant de sauter de mon vélo, puis de courir à côté. Je le repose à son emplacement, sans trop de rancune alors que 1h30 plus tôt, j’étais au fond du seau.

La question ne se pose pas. Je vais courir. Au moins un tour. Ne serait-ce que pour voir les ravitos, l’ambiance, les amis du stand Vichy Triathlon, le tour en ville, les supporters à la fin du tour et le passage sur la belle ligne d’arrivée. Et voir les sensations en course. Où en sont les jambes. Fatiguées, très fatiguées ?

Ça fait assez de motivations pour partir tranquillement, après 5min de transition, sur une allure correcte. 10,5/ 11 km/h. C’est pas si pire comme diraient certains. 1er ravito. Les bénévoles ont des pommeaux de douche et nous arrosent à volonté pour combattre la chaleur. Nickel. Je marche 3 ou 4 fois 1min à peu près et boucle mon 1er tour (10,5km) en un tout petit moins d’1h. Cool. On continue ?

Là, la question s’est posée à la fin du tour et continue de se poser au début du 2e. J’ai vu ce que je voulais voir ? Je serais mieux allongé dans l’herbe maintenant. J’vais en chier. Il reste 30km, ça va être super long. Mon père est environ 5min devant et je sais que sauf miracle, je ne le reverrais pas. Non pas, qu’il soit super fort en course à pied, mais moi, j’ai besoin de marcher régulièrement. Presque tous les kilomètres et de ce fait je pers trop de temps. Et ma foulée « aérienne » à l’entrainement ne l’est plus vraiment en ce dimanche 30 aout.

Je continue sur ce 2e tour en me disant qu’au pire je vais jusqu’au semi et j’arrête. Mais tout en sachant que c’est débile de bâcher au semi. T’as fait une moitié, tu peux faire l’autre. La médaille n’est plus si loin.

Ce 2e tour est très laborieux. Je marche aux ravitos, évidemment, mais aussi une fois entre. Des minutes entières. Je me mets même à calculer la limite horaire à 18h de course. En marchant à 4km/h, oui, ça passe. Ok. Et puis, je me fais doubler par des grappes de concurrents. Donc je finis par repartir, pour moi, mais aussi pour les spectateurs qui incitent et encouragent.

Le stand Vichy Tri est super sympa avec moi, alors que je suis dans le dur. J’y déguste des petits morceaux de saucisses. Miam. Et oui, seul le salé passe. Les Tuc. Et ça. Le reste (barres et gels High Five) me dégoute. C’est ce que j’avale à l’entrainement donc je connais par cœur leur goût. Et là, ils ne me font plus du tout envie. Mais je me force à manger, sous peine de faire un hypo et d’avoir tout gagné (tout perdu en l’occurrence !).

Je boucle le tour en 1h20. C’est pas terrible. Mais les encouragements, le 2e chouchou au poignet, j’entame le 3e tour, synonyme de rien. Même défi, des grosses envies de se coucher dans l’herbe, de marcher, à combattre. Le cerveau contre le corps. Et le corps, mécaniquement, continue sa lente progression. Je ne souffre pas de la chaleur, les douches et les gobelets d’eau que je me renverse sur la tronche sont salvateurs.

Km 30. Les jambes font un retour fracassant.

Et oui. On sait pas pourquoi, sur le pont de l’Europe, à 1,5km de la fin du 3e tour, la foulée s’allonge, notablement. De 8/9 km/h, je suis à 11 voire 12. Sans blague. Euphorie. Endorphine. Ou je ne sais pas quoi, qui sait que la fin d’un tour comporte la photo de Tom en bas du pont. Et le passage où tous les spectateurs sont, avant le passage sur la ligne d’arrivée. Donc, inconsciemment, ça booste. La foulée s’allège et ça va bien. Ça rassure les supporters et le 3e chouchou en ma possession, c’est parti pour le dernier tour. Toute idée de bâcher s’est envolée. 1ère victoire. Tu l’as fait Mathieu. Je le sais.

Je rencontre par hasard Denis (très bon ami qui a couru Embrun avec nous l’an dernier) qui m’accompagne pendant 2km et je me surprends à ne pas marcher, discutant avec lui de ma course, et de ses rebondissements. Il me laisse au pont de Bellerive près du km 33. Même chose que les tours précédents, je marche encore un peu. Km 37, ravito Vichy tri. Grosse émotion. 1ère décharge. Ils me félicitent chaleureusement. Je les remercie de leur accueil et de leur soutien, tout en piquant encore un morceau de saucisse, la larme à l’œil. Pourquoi ?

Tout simplement, car je suis touché par autant de compassion et de félicitations pour un mec lambda comme moi qui lutte certes, mais qui ne réalise pas son objectif. Un jeune qui plus est, qui devrait (pour certains) avancer bien plus vite, et qui se traine (presque honteusement) sur cet Iron. Je suis ému.

Sentant la fin arrivé, les envies de marcher, de s’asseoir, s’allonger (tout sauf courir) disparaissent. Il reste 4km, 4km de délivrance. La majorité des coureurs à ce stade sont très lents ou marchent, et moi je « vole » vers l’arrivée. 11/ 11,5 km/h. Grisant. C’est fait.

Mais le sentiment est mitigé. A 20%, je suis content d’avoir fini et surtout de ne pas avoir abandonné quand c’est devenu dur. A 80%, je suis déçu de ma perf et donc insatisfait. Bref. Je rallie le dernier ravito, dernière gorgée de flotte. Et là, en attaquant la montée sur le pont, je vois Javi, assis dans l’herbe, pas au mieux. Il est à moitié en hypo, il me confie qu’il a pas mal vomi…etc. Je suis prêt à rester pour finir avec lui (je ne suis plus à 3min près, vu ma perf…), mais Nathalie, sa femme, me dit qu’elle reste avec lui et que je peux y aller. Il finira plus de 20min derrière, donc il a du bien galérer pour rentrer.

Je finis donc avec la même foulée sympa qu’à la fin du 3e tour. La photo du petit frère, et la ligne d’arrivée à quelques centaines de mètres. L’émotion monte. Malgré la perf pas exceptionnelle, c’est tout de même un accomplissement de finir un Ironman et une expérience qui sort de l’ordinaire. J’arrive sur la ligne. Je m’apprête à savourer mon moment et partager avec tout le public, je tape dans la main des petits.

Et là.

Un stop.

Emotion, élan, tout est coupé. Mon père… « Mathieu, arrête toi, faut que j’te dise un truc » (C’est vraiment le moment là ? Putin !) « Tu passes la ligne, et après tu traverses la passerelle et tu nous rejoins, on ira boire un coup ».

(Super, je l’aurais deviné.) Là, je suis un peu amer qu’il m’ait arrêté juste pour me dire ça. Mais tant pis. Je reprends mon moment, saute de joie, serre les poings et franchis la ligne en un peu plus de 12h06. La médaille (très jolie) est autour du cou.

La grosse émotion sera pour après. En serrant mon père dans les bras, les larmes ont coulé.

Puis, en recevant les félicitations des autres pour ne pas avoir abandonné et m’être accroché.

Et, en m’allongeant enfin dans l’herbe, une bière à la main, et en revivant toute la course. Dieu que c’était dur aujourd’hui. Sale journée.

BILAN

  • Le papa fait 11h54. Pas mal, mais il avait fait 11h47 il y a 2 ans. La marathon n’a pas été facile pour lui non plus.
  • Javi finit en environ 12h30 après de gros soucis gastriques à partir du semi-marathon
  • Oscar finit en 13h20 à peu près. Pas de bonnes sensations. Fatigue chronique pendant la prépa…etc.

Chez les filles, Lionèle finit en 11h00 et quelques secondes. Solide marathon en un peu plus de 4h quand moi j’ai mis près de 5h. Et encore 1ère de sa catégorie, donc qualifiée pour Hawai ( !). Mais y étant déjà allée l’an dernier, l’a laissée à une dame (3e de la catégorie, aux anges)

Et Anaïs, également bonne coureuse, termine en 11h20 environ je crois. Elle termine 4e de sa catégorie, et par chance, 2 qualif et les 2e et 3e les ont refusées. Elle part donc à Hawai !!!! Bravo.

Voilà donc comment s’est passé mon Ironman Vihy 2015.

Et 3 jours après, j’ai toujours un sentiment partagé. Les 20% de satisfaction sont entre 30 et 40 aujourd’hui et je sais que le fait de ne pas avoir abandonné est très formateur pour la suite. On apprend de ces erreurs.

C’était donc un échec sur le plan physique. Mais une victoire mentale.

En y réfléchissant à tête reposée, la préparation était trop légère, notamment vélo et course.

135km de vélo maxi et 18 à pied, c’est beaucoup trop peu. De même que 5 semaines seulement. Et il y a des leçons à en retenir.

Cette année, j’ai sous-estimé ce qu’était un IRONMAN. Réellement. Je me croyais plus fort que je ne l’étais à ce moment-là.

Je suis donc forcément déçu d’un certain côté par ma perf.

Je pense valoir moins que 12h06 sur un Iron plat. Entre 11h et 11h20 me semblent abordables. Bien préparé bien sûr.

Evidemment, je finis derrière mon père. Dommage. Mais plus grave, il avait lui-même fait 12h01 sur son 1er Iron à Nice en récupérant un de ses potes (donc valant moins de 12h).

Mais je suis un éternel insatisfait.

Cependant, plus important je ne regrette rien.

Ni la Maxi Race.

Ni la Préparation Militaire.

Ni mon job d’été, qui m’a fait gagner quelques sous, que j’utiliserais pour partir voir un bout de l’Europe avec Interrail dans quelques jours.

Ni mon 1er tour vélo en 2h40. Je m’y suis régalé. Et je pense sincèrement qu’en faisant 2h50 ou 2h55 à la place, ça n’aurait pas changé grand-chose pour la suite. Je n’avais pas le foncier, pas assez de kilomètres dans les pattes en vélo.

En conclusion, c’était un Ironman et pas le Club Med.

Rappelez-vous, je repartais d’Embrun en pensant ne pas en avoir assez chié (trop facile^^). Cette fois, j’ai été servi. J’en ai chié. Autant, voire plus qu’à la Maxi Race ? C’est différent.

En tout cas, ça servira pour la suite.

Je vais probablement basculer sur un half la prochaine fois, distance qui me conviendra sûrement mieux. Comme on me l'a dit : "t'es encore jeune, t'as le temps pour faire du long. Travaille ta vitesse". Et ils ont raison.

Ça m’apprendra à sous-estimer l’Ironman. Il ne m’a pas vaincu car je n’ai pas abandonné, mais m’a affaibli, m’a épuisé, m’a fait douter.

Comme un général d’armée qui aurait fini par gagner une bataille laborieuse, en perdant beaucoup trop d’hommes à son goût.

Ca fait cliché, mais je vais quand même remercier tous ceux qui m’ont encouragé de près ou de loin. Je vous jure que dans les passages difficiles (les moments où on est épuisé et où on voit tout en noir), je repense à vous et à pourquoi je suis là. C’est d’abord pour moi, mais aussi pour ceux qui me suivent et que ça intéresse. La plupart savent ce que ça représente.

Merci à tous et toutes (je ne cite pas les noms. Pas par peur d’en oublier, mais vous vous reconnaitrez facilement).

Et grand bravo aux autres finishers, et notamment ceux qui ont rempli leur objectif et sont repartis avec ce qu’ils sont venus chercher (qualifs et objectifs temps).

Il me reste maintenant à digérer tout ça.

Je finis aussi de préparer mon voyage en Europe en train (Global Pass Interrail 22 jours) entre le 11 sept et le 2 octobre.

Et bien sûr, le prochain chapitre y sera consacré.

Bonne rentrée à tous. La mienne est différée au 6 octobre.

Une grosse pensée à tous mes potes professeurs des écoles qui rattaquent une longue année. Bon courage à vous dans ce métier difficile. Et chapeau.

Bises.

Mat

Ironman Vichy 2015
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