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Faut l'tenter !

Nouveau défi ! Encore un cran dans le "toujours plus"

27 Septembre 2014 , Rédigé par Mathieu Leonard

Chapitre 12 : Back to the wild ------------------------------------------

J'étais parti d'Embrun avec un regret de ne pas en avoir assez bavé. Je disais vouloir aller chercher plus dur, aller plus loin en terme de difficulté pour aller tester mes limites, aussi bien physiques que mentales. Et bien c'est chose faite côté mental. Je suis allé fleurter avec la frontière entre ce que je peux accepter, supporter, et ce que ne peux plus.

Je vous raconte ça :

Je fais ici le récit de ma traversée du massif de Belledonne, pour ceux qui connaissent un peu le coin, mais aussi pour ceux que ça intéresserait de faire un parcours similaire au mien. J’essaie donc d’être assez concret, descriptif et précis, car le hasard n’a que très peu de place dans ce genre d’aventures extrêmes.

Habitant l’an dernier dans le bassin chambérien, je voyais au loin ce massif de Belledonne, que je trouvais magnifique (comparé aux Bauges et à la Chartreuse). En effet, les Belledonnes sont un massif cristallin et non calcaire et ses pics sont plus dessinés, plus acérés que des falaises calcaires par exemple.

Bref, j’ai entendu parler de l’ultra trail nommé Echappée Belle, dont la 1ère édition s’est couru en 2013 et dont j’ai eu des échos d’un parcours magnifique avec nombreux lacs, mais aussi très technique (2/3 d’abandons pour la 1ere édition, encore une moitié pour la 2nde en 2014).

En bon inconscient que je suis, je voulais tenter la traversée en 3 jours l’an dernier entre début septembre et mi-octobre. Manque de pot, la météo ou mon emploi du temps ne convenaient pas, et je devais patienter encore une année pour m’y frotter.

Entre temps, je m’étais attaqué à un 24h à Bassens, et à quelques half ironman, en préparation de l’Embrunman, histoire de m’occuper.

Me revoilà donc en Haute Savoie à la rentrée 2014, puis ma démission de mon poste de prof. Et voilà que j’ai beaucoup de temps libre, et comme internet traine à arriver, je prends mes baskets de trail et vais explorer les environs :

Le Môle, Le Pic de Marcelly, quelques sommets au dessus de Mont Saxonnex, des Carroz d’Araches ou de Flaine. Je découvre le coin qui est sympa, puis je vais me « préparer » en allant 2 jours en rando/trail au-dessus de Chamonix (massif des Aiguilles Rouges) avec nuit en refuge (gardé).

C’est l’occasion de tester mon endurance (2 fois 7h de rando), le matos et l’équipement (pour savoir ce qui est nécessaire d’emporter)

Les paysages sont magnifiques. Ca me plait, même si je finis en miettes le 2e soir.

L’envie d’aller me tester sur les Belledonnes refait son apparition et je me mets à guetter une fenêtre météo. J’en trouve une, le mois de septembre étant très clément. Je prépare donc mes affaires (liste de mon matériel en Annexe ), me trouve le gite et le couvert chez une fille à Vizille (via Couchsurfing), et c’est ainsi que dimanche, je laisse, non sans émotion, ma voiture sur le parking de la gare d’Aiguebelle, et monte dans le train pour Vizille, après avoir pris le juste nécessaire qu’il faudra porter pendant 4 jours

Le trajet est un peu long mais me permet de bien étudier le parcours (table de marche, croquis du profil, et carte ign) et écouter de la musique.

Je passe la soirée à Vizille, pâtes carbonara, et un film avec Kad Merad. Je recharge mes appareils à bloc, et je me couche. Nuit à cogiter, à se faire le film de ce que sera la journée de demain. Peu mais bien dormi. Réveil 6h45, elle me dépose à la boulang, et la commence mon aventure.

J’achète 4, 5 viennoiseries et les mange assez rapidement comme à mon habitude, mais sans vraiment les apprécier. J’ai comme une boule au ventre : ma voiture est à Aiguebelle, et j’ai 140km à faire. Ca va être long.

1ère photo, devant le panneau Vizille, et les 1ères foulées dans la ville. Les gens me scrutent et se demandent bien ce que je fous, avec tout mon attirail. Je trouve le GR et m’y engouffre. Au bout de 3km, je me plante de sentier. Je suis le panneau jaune typique, alors qu’un panneau de bois marqué GR 549 était dans mon dos, pas vu. Petit aller-retour de 4km dès le départ (45min perdues), j’suis dégoûté mais bon, faut aller de l’avant. Je suis le GR, ça monte de plus en plus fort. Mais les sentiers sont pas encore trop techniques. J’arrive au plateau d’Arselle près de Chamrousse. Je pers encore 1km pour retrouver le bon chemin jusqu’au lac Achard.

Là je croise un randonneur (gros sac à dos) qui me confie qu’il fait comme moi, mais lui veut le faire en 2 jours et demi. Ce qui veut dire marche de nuit et bivouac sauvage. Costaud. On se retrouve au refuge de la Pra, après 30km et 6h. Je pars devant et me retrompe au col de la Pra où je prends en face, je croise un autre traileur et on discute du parcours tout en courant ans la descente en dessous du Lac de Crozet (il se trouve qu’il a participé à l’ultra trail en 2013). Le temps passe jusqu’à ce qu’on se retrouve face à la vallée du Grésivaudan. Là, je stoppe, « y a un soucis ». On est descendu de 3km trop bas. Il continue, en s’excusant, et je remonte, au col de la Pra (1h30 de perdue encore, super !). Il reste encore 10 gros kilomètres, et déjà 8h d’effort au Garmin. Pfff.

Ca remonte, fort, puis dans les blocs de pierre, jusqu’aux lacs de Doménon. Ca remonte encore très technique jusqu’au col de Freydane. J’commence à accuser le coup, et en avoir marre de tous ces cailloux, surtout dans la descente du Lac Blanc où ils sont légion. Lac Blanc, puis descente jusqu’au refuge. Je finis enfin par le voir après 10h30. Je retrouve Benoit (le randonneur), et on se file rencart pour demain (il veut marcher encore un peu et bivouaquer 2h plus loin. Oui oui, y a plus taré que moi).

J1 : 50 km / 10h45 / 3500mD+ / 1800mD- / 4,6moy

Il est 18h30 quand je pose mon sac à dos dans le refuge, les épaules contractées et douloureuses. Je profite du coucher de soleil tout en donnant des nouvelles à ma mère et mettant un petit commentaire facebook pour tenir au courant. Me restaure (noisettes, saucisson, protéines, pain de mie, et une barre de céréales pour le dessert), tout en me rationnant un minimum pour avoir assez de nourriture pour les 4 jours. Je refléchis à ce que j’ai déjà fait, à ce qu’il reste !!

La solitude, le froid qui s’installe pernicieusement. Je pense aux Belledonnes, qui m’intimident. Les erreurs de parcours ne pardonnent pas ici, il n’y a pas 36 chemins pour rejoindre un point. Je vois mes amis, ma famille, et surtout ma mère. Ah, si elle me voyait ! 20h30, je suis à l’horizontale, j’étudie un peu le parcours du lendemain et éteint la Petzl.

Réveillé toutes les 2h par le froid au visage, je sors dehors pour aller uriner et remplir mes bouteilles d’eau.

6h20 ! C’est l’heure. Il faut attaquer la 2e journée. Il faut sortir des couvertures avec le froid qu’il fait et s’habiller rapidement. Le jour se lève tout doucement, et je déjeune. Bon petit muesli + mélange énergétique + gâteaux, et hop ! Départ 7h du refuge, je dois aller retrouver Benoit pour 9h aux Trois laux.

Les jambes vont bien, Col de la Mine de fer. Et retour des blocs de pierre, y a plus de sentier. Les seuls repères sont les cairns (empilement des cailloux). Autant dire que l’avancée est lente et laborieuse dans l’ascension de Brèche Fendue, mais surtout dans la descente, trop peu balisée.

Je retrouve Benoit, qui avait posé la tente entre 2 cailloux. Il ramasse ses affaires et on se met en route. Le chemin est toujours très technique, et il décide de couper hors sentier, vers un col sur la gauche. C’est pas vraiment ce qu’indique ma carte (peu précise). Je le suis un peu, mais lui fait comprendre que je repique à droite en haut. Il décide de continuer jusqu’aux crêtes. Et me revoilà en solo. Je retrouve difficilement le bon chemin, et le maudit d’avoir bifurquer bêtement.

Passage au pas de la Coche, tandis que je redoute le col de Vache (marqué en noir, c-a-d « extrêmement dificile », sur le Roadbook). Je prends mon temps, et encore une ascension dans les rochers. Les bouquetins se demandent ce que je fais sur leur territoire.

Je bascule en haut à 2560m d’altitude mais la météo est super, il fait bon. Faut voir le positif. Je redescends juqu’au lac de Cos où je pique nique, puis suis le GR et des rampes jusqu’au refuge des 7 laux. Vient alors presque 1000m de dénivelé négatif à descendre en à peine 6km. C’est technique, ca casse les jambes. Après 1h30, j’arrive enfin à Fond de France. Pause bonbons et il faut remonter sur Tigneux.

Je redescends jusqu’à Gleyzin et attaque la dernière ascension jusqu’au refuge de l’Oule. Un peu plus de 9h de marche, et le panneau annonce 2h20. En une grosse heure, je pousse la porte du refuge.

J2 : 37km / 10h15 / 2800mD+ / 2900mD- / 3,6moy

2ème soirée, il est 17h30, mais le soleil se couche déjà derrière les montagnes, et le froid arrive. Il y a un tout petit peu de 3G, je remets un commentaire facebook, et tient au courant par sms la famille.

Quelques phots extérieurs et un passage aux « toilettes » (le postérieur posé entre deux parpaings).

Je m’attable à l’intérieur du refuge, encore seul (refuge ouvert mais non gardé, comme hier). Toujours ce blues, d’être loin de chez soi, loin de ceux qui nous sont chers. Le positif c’est que j’ai déjà fait une grosse moitié du boulot, et que le reste devrait aller, mais la fatigue est bien là, les pieds sont endoloris, et une contracture au mollet gauche me fait douter pour la suite.

21h au lit, sous 3 épaisseurs de couverture, on verra demain. Espérons que la pluie (annoncée) n’arrive pas trop tôt.

Bon petit déj, et c’est reparti, bâtons an main, le Col du Morétan m’attend au petit matin. La descente est encore hyper technique et longue. La fin s’éternise sur du faux plat descendant alors qu’il faut remonter vers le refuge de la Pierre du Carré, le panneau dit : « 2h00, 1,8km ». Et je sais qu’il y a 620m de déniv à monter. Ca promet d’être engagé ! Et ça l’est. Des pentes à 30, même 40° par endroit. Les bâtons sont très utiles, tandis que mon mollet tire.

Pause bonbons au refuge, toujours personne. Toilettes sèches (avec la sciure), et bascule au col de Claran, un peu plus haut. Là je regarde en face et voit une chaine de montagnes dont les crêtes sont à près de 2500m et il va falloir descendre dans la vallée puis passer par-dessus pour aller dormir…

Le temps se couvre et les 1ères gouttelettes arrivent. Rapidement, le chemin est très humide, donc pierres glissantes et terrain boueux. En bas, la cabane est fermée. Il me faut au moins monter jusqu’au refuge des Férices (soit 450m à prendre). Il pleut par intermittence, je protège mon sac avec ma Goretex. Je suis en t-shirt et manchettes, et la température tombe.

Je bifurque en haut vers le refuge, il se met à tomber des cordes. Je vois enfin le refuge à 20m de celui-ci (il est tout petit et encaissé dans une petite cuvette), j’ y entre, frigorifié.

Il est 14h30 et je sens que la pluie n’est pas prête de s’arrêter. Elle tombera sans discontinuer jusqu’à 3 ou 4h du matin

J3 : 24km / 6h20 / 2500mD+ / 2400mD+ / 3,8moy

Je fais l’inventaire de mes affaires sèches et les enfilent pour avoir un peu de chaleur. Pause bonbons. Je m’allonge, emmitouflé sous ma couverture de survie. C’est pas génial mais faut faire avec. Pas de réseau, ni de 3G. Injoignable.

Puis, un mec arrive. Il entre sous la pluie battante. Il a un gros sac de rando avec tout le nécessaire, sauf de quoi faire du feu. On taille le bout de gras un bon moment. Il admire mon « ambition » : partir sans briquet, sans duvet, sans vêtement chaud, avec peu de nourriture. On discute de nos expériences perso, de matos (sac de couchage), du Caf (notamment ski de rando. On est tous deux d’accord que c’est trop dangereux pour le peu de plaisir que cela procure), de la montagne en général. A chaque question qu’il me pose, il y répond par « Eh ben, t’es ambitieux, c’est bien ». Il me raconte l’histoire d’un néerlandais, à qui je lui fais penser, qui randonnait avec sa voile de parapente sur le dos, et il dormait dedans, saucissonné des dizaines de fois…

Je passe la fin d’aprem allongé, j’ai pas chaud, je frissonne. Et je sais que la nuit sera encore plus fraiche.

19h, je ne tiens plus, je me lève, m’agite pour élèver un peu la température corporelle. Pas terrible.

Je m’assois, couverture sur les jambes, et mange mon dîner (pain de mie, protéines et saucisson, noisettes, petite barre de céréales) et je me remets au lit. Il est 19h30, la nuit tombe, la pluie redouble d’intensité, et je ne suis pas sûr de passer la nuit…

Encore plus fort que d’habitude, je pense à la société, à la notion de confort, à mes amis et ma famille qui sont à des lieux d’imaginer dans quelle situation je me trouve.

Je frissonne toutes les minutes. J’ai tous mes vêtements sur moi : chaussettes sèches, calecon, cuissard, collant, t-shirt, manchettes, goretex, gantes, buff sur la tronche, capuche du coupe-vent, recouvert de la couverture de survie (elle n’a jamais aussi bien porté son nom), et mes pieds dans mon sac à dos. Un vrai sketch !! Mon voisin en rigole, même si ça ne me fait pas esquisser un sourire.

A même les planches de bois, il n’y a que sur le dos que la position n’est pas douloureuse.

Hubert, à côté de moi, a déplié son matelas autogonflant et son duvet, dont il me vante les mérites (400euros la bête tout de même).

Le temps passe très lentement, toutes les demi-heures sont bonnes à prendre, et me rapproche du lendemain, où je pourrais (j’espère) quitter cet enfer au lever du jour.

Mon voisin s’endort après 21h tandis qu’il m’est impossible de m’endormir.

Il se met à ronfler une petite heure plus tard. Qu’importe, je ne peux pas m’endormir. J’ai froid. Un froid supportable, mais qui pompe l’énergie et le moral. Je suis bloqué ici, et pour une fois, je n’ai qu’un choix raisonnable, rester ici jusqu’à demain.

J’essaie de trouver du positif : il ne reste que 30km demain et je vais probablement réussir mon pari.

Mais difficile de se projeter dans un lendemain qui est incertain. J’ignore l’hypothermie et comment m’y confronter. Je m’efforce de trouver des situations proches de celles-ci, des expériences désagréables, mais aucune ne me parait surpasser celle-là. Même avec Hugo en raquettes sur ces mêmes Belledonnes, j’ai eu extrêmement froid aux pieds, mais c’était passager. Et on était deux.

Décidément, les Belledonnes ne sont pas accueillantes.

Là je suis tout seul dans mon calvaire, ma famille me manque profondément, d’autant que je redoute de ne plus jamais les voir.

Minuit passe, j’ai l’impression de ne toujours pas avoir fermé les yeux. Je résiste tant bien que mal, et je constate que mon rythme cardiaque a baissé significativement (je dirai vers les 45bpm alors que je bas à 58-60 même au repos d’habitude).

Je teste toutes les positions : sur le dos, ça va mais je n’ai pas l’habitude de dormir comme ça donc impossible de fermer l’œil. Sur le ventre, je ne veux pas sortir mes bras de la couverture donc je ne suis pas bien. Sur les flancs, les os du bassin et les côtes s’avèrent douloureuses au bout d’une demi-heure. Bref, c’est un casse-tête glacial comme j’en avais jamais rencontré.

Tout d’un coup, je me dis que ce que j’ai traversé depuis lundi (les chemins techniques, les cailloux à répétition, les erreurs de parcours), tout ça n’était que petits chamboulements, par rapport à ma situation actuelle, extrême et désastreuse.

2h du matin, je me rassure en me disant que ça fait près de 12h que je suis dans ce maudit refuge (enfin pas si maudit car sans lui, je n’aurai pas pu écrire ces mots), et que je peux bien tenir encore 4-5h. Je vois défiler les heures, lentement. A chaque changement de position, ma couverture de survie se froisse, et glisse légèrement. Je n’y vois rien.

Et je prends du recul, et me refait le fil de mon aventure. Qu’est-ce qui a cloché ? Pas de duvet. Oui jusque-là, les couvertures des refuges suffisaient. Pas de briquet ? Oui ça c’est une erreur.

C’est la plus longue attente qu’il m’a été donné de subir. J’en ressortirai plus fort. J’ai à peine 23 ans, je repense à cette phrase débile « je suis trop jeune pour mourir ». Et à ma mère qui m’a prévenu. Et qui doit se demander pourquoi je ne donne pas de nouvelles comme les autres soirs.

4h30 du matin. La pluie semble avoir cessé. Allez plus que deux heures. Essaie de dormir. Je pense y parvenir un peu.

6h30. Les 1ères lueurs du jour apparaissent. Ca va le faire.

Ma montre sonne et me réveille à 7h20. J’ai le sourire. Pourquoi ? Je ne sais pas, le réveil est encore plus dur, il fait super froid, et sortir de sou la couverture est une épreuve. Je saute de la couchette. Me tortille dans tous les sens, et ma température remonte. Je sors pisser, et le brouillard est à la porte. C’est pas encore ça mais ça va se lever. Espérons…

Je déjeune tranquillement. J’ai survécu ! Je quitte le refuge en disant au revoir à Hubert, qui dort encore, emmitouflé dans son duvet. « T’as dormi ? » « Non, à peine 2h je pense, j’ai eu très froid toute la nuit » « Oué, c’est ce que je pensais, tu t’es tourné toute la nuit ». « Allez, bonne continuation » « -Merci, toi aussi. Salut »

Je quitte le refuge dans le froid. En 200m, mes pompes sont de nouveau trempées par la rosée du matin sur les herbes. Le sentier est à flanc de montagne, et les cailloux sont trempés. Je fais attention. Je bascule au col d’Arpingon, dans le soleil. Ca fait du bien. Je suis enchanté de le revoir enfin. La sentier redescend puis remonte sur des petits cols. Très technique, j’ai du mal à voir le chemin, tellement l’endroit est périlleux et non propice à la randonnée.

Je passe au refuge de la Perrière où je devais normalement passer la 3e nuit. Il est plus grand, avec un étage doté de matelas et couvertures. Dommage ! Montée au col du même nom, puis redescente, puis remontée au col de la Perche (avant dernière ascension, très boueuse, mal balisée). Je m’accroche, le mollet va mieux mais les ampoules se font sentir. Qu’importe, je suis en vie bordel !!

Au col baigné de soleil, je sais que j’ai gagné. J’ai réussi mon défi.

Une dernière ascension du le Sommet du grand chat où je fais mon dernier pique nique (miettes et pain de mie…etc). Vient alors les 20 derniers kilomètres de descente. Je me plante un petit coup mais ca va.

Passage au fort de Montgilbert, et une dernière heure de descente s’annonce avant d’aller rejoindre ma chère voiture.

Entrée dans Aiguebelle, je vais prendre un selfie au panneau tandis que les larmes montent. Je l’ai fait. J’en ai chié comme jamais, mais c’est ce que j’étais venu chercher. C’était immensément dur, et je comprends mieux la multitude d’abandons sur l’ultra trail emprunté ce même parcours.

Je cours toujours, et les douleurs des pieds sont insignifiantes comparé à l’ampleur de la tâche que je viens d’accomplir.

J4 : 30km / 6h35 / 1400mD+ / 3100mD+ / 4,6moy

Je passe sous les 34h d’effort (pauses incluses – je n’ai jamais arrêté le chronomètre en dehors des arrivées aux refuges le soir). Ca fausse un peu les moyennes mais tant pis. Ca sert de repère sur combien de temps il faut prévoir par jour (entre lever et coucher du soleil). Et oui, la prochaine étape sera de marcher ou courir de nuit, une autre paire de manches !!

Totaux traversée : 141km/ 33h55/ 10 200mD+/D- / 4,15 km/h de moyenne

NB : Ayant fait 10 gros kilomètres de trop le 1er jour, je me suis permis de couper à quelques endroits (ex : Super Collet et val Pelouse) où des aller-retours sont grands intérêts me faisaient éviter quelques kilomètres. Voilà pourquoi 141km et 10 200 de déniv au lieu de 144km et 11 000 annoncés en théorie.

Ca y est, encore un challenge validé. Après Embrun, je parlais de plus dur, pour aller chercher ses limites. C’est exactement ce qui s’est passé pendant cette traversée. J’ai fleurté avec mon « acceptabilité », cap auquel je craque et abandonne. Plus d’une fois, j’ai pensé à redescendre dans la vallée d’Allevard, où j’ai un ami qui travaille, et/ou j’aurai pu faire du stop.

Mais j’y ai renoncé par fierté, par orgueil, par défi. Parce qu’abandonner, ca aurait été donné la victoire aux Belledonnes. C’était avouer que j’étais moins fort qu’elles.

Bien sûr, comme l’a justement dit Hubert, il faut se rappeler que c’est la nature qui nous domine, et pas le contraire.

La preuve par l’expérience : une fenêtre météo très capricieuse, m’a fait passer près de l’hypothermie. C’est une leçon à en tirer.

Et cette fâcheuse situation, doublée du recul qu’Hubert m’a fait prendre, m’a fait réaliser que j’étais encore une fois « ambitieux » voire trop gourmand. Comme souvent, j’ai « les yeux plus gros que les cannes » et envisage des aventures un peu trop utopiques, trop loin de ce que je suis capable. Une marge de sécurité plus importante serait une bonne chose pour la prochaine fois.

Si jamais je l’avais tenté l’an dernier, sans préparation, en 3 jours, j’aurai échoué. Cette année, j’avais un peu mieux planifier, même si comme me l’a justement dit Hubert (encore), il aurait été plus facile de commencer par des massifs plus « aisés », comme les Bauges ou la Chartreuse.

Voilà ce que j’ai pu tirer de ce voyage, en dehors de la société, mais au cœur de mon moi, une introspection précieuse que j’ai eu la chance de pouvoir m’offrir.

J’en retire des points très positifs comme la gestion de l’alimentation, des horaires (plutôt bien estimées), et de l’effort.

Quels objectifs pour la suite ?

Sans doute, retourner pour la 3e fois, courir aux 24h Téléthon de Bassens, pour viser les 126km (synonymes de 3 marathons). Le but sera en tout cas, de courir (trottiner, voire marcher) tout du long. Sans trop s’arrêter, autrement que pour ravitailler.

Mais, courir ou marcher toute une nuit, sans dormir, en suis-je capable ?

Voilà j’espère que ce récit aura été utile à quelques-uns de vous, lecteurs.

De toute manière, il m’est utile à moi-même pour prendre du recul sur ma pratique, et pouvoir revenir sur cette expérience plus tard.

Merci pour votre lecture

Bien à vous,

Mathieu (toujours aussi taré)

Annexe : Ce que j’ai porté pendant ces 4 jours de rando/trail :

Le sac :

  • Le Raidlight Olmo 20L + une petite pochette Raidlight 2L (que j’ai pu atttaché sur le sac)

La nourriture pour 4 jours (autonomie) :

  • Un paquet de pain de mie (20 tranches)
  • Des tranches de protéines (4 blancs de dinde, 4 blancs de poulet, 4 jambon) + 1 saucisson
  • Un taboulé à l’indienne (MX3) lyophilisé + 3 muesli au lait (Voyager) lyophilsés
  • Un mélange énergétique (amandes effilées, noix, noix de cajou, baies de goji), environ 300g + un paquet de noisettes (200g)
  • Un mélange de bonbons (dragibus + gélatinés), environ 500g
  • Gels (il m’en restait que 6), barres de céréales (une vingtaine), paquets de gâteaux Gerblé (une dizaine), pâte d’amande (barre de 200g, coupés en 8 et mis dans l’alu)
  • Couteau, cuillère, 3 bouteilles (50cl) type Powerade + env. 400g de Maltodextrine

Vêtements :

  • 2 paires de chausettes (une de marche, une sèche pour le soir)
  • Mes chaussures de trail (Salomon Speedcross 3 jaune)
  • Un cuissard court (marche), un long (le soir et la nuit)
  • Un calecon (le soir)
  • Un t-shirt (Asics) microfibre basique, une paire de manchettes
  • Une visière (Zerod) et mes lunettes de soleil
  • Un coupe-vent (Quechua) Goretex
  • Un buff et des petits gants (Wedze)

Autres :

  • Bâtons de rando (Camp Xenon 4) + carquois (accroché sur le côté du sac)
  • Lampe frontale (Petzl Myo RXP)
  • Demi-rouleau de PQ
  • Dans un sachet étanche : Clé de voiture, carte bleue, argent liquide, 3 piles de rechange pour la lampe frontale, sparadrap et pansements. (Et j’aurais dû prendre un BRIQUET)
  • Go Pro, GPS Garmin (Forerunner 310XT), téléphone portable, écouteurs + un chargeur multi fonctions pour charger les 3 appareils (finalement pas de prises dans les refuges où j’étais, dommage)
  • Couverture de survie
  • Road book et croquis du profil + carte dans son porte carte

NB : Ma tenue de course (jamais portée dans le sac): baskets, 1 paire chaussette, cuissard court, t-shirt, manchettes, visière et lunettes.

Nouveau défi ! Encore un cran dans le "toujours plus"
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