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Faut l'tenter !

100km à pied, ça use, ça use...

18 Janvier 2014 , Rédigé par Mathieu Leonard

Chapitre 6 : Comme un besoin d’y retourner… -------------------------

Je retrouve quand même avec plaisir ma Savoie. Une première affectation à Cognin (agglo chambérienne) était trop pratique (ironie), du coup, on m’envoie en Chartreuse, à Entremont. Le coup du « J’ai pas de voitures » à l’inspectrice n’y fera rien, c’est tout ce qui reste ! Avec le recul, je ne suis pas si malheureux, je n’ai que 18 élèves et plutôt cools. Seule la route est casse-c**** à 7h30 du mat’ surtout l’hiver !!

Bref, coté sport, cette année devrait ressembler à la précédente, c’est-à-dire chargée. Les licences CAF et Triathlon en poche, j’attaque par une course près d’Aix-les-Bains où je bas mon temps de l’an dernier et boucle les 16km en 1h12, ce qui me hisse à la 31e place scratch, puis un trail à St Pierre de Chartreuse dont c’est la 1ère édition, où je termine juste devant la 1ère féminine et 1er Espoir Homme. La classe !

D’autant que le 31 décembre, couic, je passe Sénior 1 donc plus aucune chance de briller^^. La foulée de Drumettaz se passe aussi très bien, j’y bas mon record en bouclant le semi-marathon « trail » en 1h52. Enfin, la corrida nocturne organisée par l’université me fait tester ma résistance pendant 34’30, à me tirer la bourre avec Hugo sur les 8,3km chronométrés proposés.

Une petite escapade à Toulon à la Toussaint pour s’initier à la pêche en mer, courir, et surtout bien bouffer ! Puis retour sur Clermont où j’ai besoin de m’évader et aller crapahuter sur les volcans.

Le mois de novembre est ponctué par une Nuit du Badminton, un trail à St Jean d’Arvey au-dessus d’une mer de nuage (lunaire !), et la première sortie ski alpin à Val Tho, mais surtout son lendemain.

What happened ? A Val Tho donc, la météo était magnifique, donc on a vu des montagnes enneigées toute la journée, des crêtes vierges qui ne demandaient qu’à être foulées. Bref, on avait envie de faire une rando raquette le lendemain. Vendu, Hugo me propose un itinéraire en Belledonne. C’est parti, c’est en plein brouillard le lendemain, alors on fait la connerie de pas partir très tôt et on attaque la rando à 11h. Petite précision, première fois que je fous mes raquettes au pied. De l’eau dans les pompes (infiltration par le jogging (oui, oui, jogging) et les chaussettes) au bout d’une demi-heure, puis première fenêtre de ciel bleu au bout de deux heures à galérer dans le brouillard épais. Du coup, on continue l’ascension. On arrête les conneries vers 2500m d’altitude où l’on voit enfin le ciel, le relief et les crêtes (voir photos) mais il faut penser à redescendre à cause du timing. Les pieds gelés, la lassitude physique et mentale, l’altitude inhabituelle pour moi me font tout voir en noir. J’ai qu’une envie à ce moment-là, c’est quitter cet enfer, me téléporter ou me réveiller de ce cauchemar. Ces idées sombres et un max de vent nous font avaler le sandwich en moins de 2 min, et on commence à redescendre. Pas trop de soucis dans la descente, même si la fin est limite niveau obscurité. Au final, 6h de rando (4 de montée, 2 de descente) et une prise de risque importante (niveau avalanche) mais totalement inconsciente de ma part (j'y connais que dalle !). En résumé, un calvaire sur le moment mais au final un souvenir super sympa d’en avoir chié comme rarement. C’est marrant comme notre mémoire déforme tout.

J’ai oublié de préciser que cette année, j’habite à Bassens. Si vous n’avez pas lu mes précédents articles, vous allez me dire : « C’est un détail ! ». Mais les lecteurs(lectrices) attentifs(ives) auront déjà vu ce nom de ville quelque part (début du Chapitre 2). J’explique donc pourquoi c’est important. L’an dernier (décembre 2012), j’étais venu par hasard participer aux 24h course à pied pour le téléthon à Bassens. Au final, je repartais les jambes en miettes après 84km totaux.

Donc, je ne peux m’empêcher de vouloir y retourner cette année pour faire mieux. De plus, depuis mi-novembre, à chaque fois que je rentre chez moi, cette manifestation (« 24h Bassens Téléthon ») s’affiche sur le panneau d’informations municipal, et je ne peux me résoudre à éviter cet événement, qui passe à 200m de chez moi.

Sans une bonne préparation, je suis conscient que le pari est osé, même si l’objectif de 100km en 24h est relativement raisonnable. Je passe encore pour un « malade » quand je parle de mon objectif à mes potes et à ma famille, mais c’est plus qu’une envie d’y retourner, c’est un besoin !

Il est trop tard pour emmagasiner des bornes et préparer les jambes à ce long effort, je joue donc la carte de la fraîcheur physique^^. Je trépigne d’impatience pendant la dernière semaine, et je prépare tout de même consciencieusement, méticuleusement, ma nourriture de course. Au menu, pain d’épices et sandwichs à la fraise, à la cerise, à l’Ovomaltine (ma drogue !), au jambon-fromage… + les gels et barres de céréales, la boisson énergétique et le jus de fruit. (voir photos)

Le vendredi, avec ma classe de PS-MS, je suis physiquement avec eux mais mentalement, en train de courir à Bassens. Bref, je rentre le soir, et dernière nuit avant le grand jour. Derniers préparatifs du matin, et je suis sur la ligne à 13h55, équipé comme un ultra traileur alors que le reste des coureurs est en jogging-baskets. Je réponds à l’interview du néo-journaliste Julien Orvelin, qui me filme avec son portable. Je suis bien content qu’il soit là, d’autant qu’il reviendra me filer un coup de main le dimanche matin.

Je m’élance sur la boucle d’1,4km, enfin content de pouvoir me mesurer à une telle épreuve. Les premiers km se passent agréablement bien, ma moyenne tourne autour de 11,2-11,3km/h, les jambes sont fraiches et répondent bien. Il ne faut pas se griser, la route est longue. 10km passent aisément, puis 20 assez faciles. Entre 20 et 30, les jambes commencent à être lourdes et la lassitude pointe son nez et je décide de faire une première pause après 35km, histoire de ne pas trop casser de fibres musculaires. Je pose donc les baskets vers 17h30, à la tombée de la nuit, avec 3h22 dans les pattes mais un gros tiers de fait, avec un pti 10,5km/h de moyenne pas dégueu. Bref, rien d’alarmant, pas de douleurs ni blessures, je reste concentré. Douche, massage à l’arnica, repas, et dodo. En tout, 2h30 de pause pour essayer de faire un cycle de sommeil (environ 1h30). Ce coup-ci, je n’arrive pas à dormir, sûrement trop excité à imaginer la suite du voyage et ce qu’il va m’arriver. Tous les scénarios (scenarii ?) y passent et je ne ferme pas l’œil.

2ème départ vers 20h où mon pote Hugo est là pour faire quelques bornes avec moi. J’envisage de boucler 28km avant la prochaine pause. On attaque gentiment autour de 10km/h, et en parlant de tout et de rien, le temps passe assez vite. En tout, il fait 15 bornes avec moi, et quand il repart, 13km se dressent devant moi. J’ai passé les 50km et je sais que les prochains seront bien moins faciles que les précédents. Inexorablement, je réduis la voilure et les jambes lourdes réduisent imperceptiblement la longueur de chacun de mes pas. Je suis à 9km/h et les kilomètres passent du coup moins vite, même si les playlists de musique bien préparées m’aident à chasser la lassitude. Je commence à avoir mal au pied droit sur les 5 dernières bornes, à chaque flexion de la cheville, sur le dessus du pied. Je regagne mon chez moi après les 28km prévus, et 2h52 encore, soit 9,7 km/h de moyenne. Même rituels, mais cette fois, je suis moins confiant : je suis déjà fier d’avoir parcouru 63km mais il en manque encore beaucoup pour réaliser l’objectif et mon physique se dégrade progressivement. Je parviens à m’endormir, tout en sachant que cela m’étonnerait d’avoir le courage de me relever à 1h30.

J’ai vu juste, la session utopique entre 1h30 et 4h n’aura pas lieu. Faute de volonté, je profite d’une nuit de sommeil correcte et je me lève vers 7h. Etonnamment, je suis partant pour y retourner, voir comment mon pied va, mais surtout j’ai une précieuse aide mentale puisque Julien, mon pseudo-journaliste est là pour m’encourager et court 12km très lents à mes côtés. Les articulations commencent à être « rouillées » : je ne vais guère à plus de 8,5 km/h et je marche toutes les 10 min pour soulager mon pied droit douloureux.

Insidieusement, une mauvaise nouvelle de plus pointe le bout de son nez : je n’ai plus envie d’avaler quoi que ce soit. Moi qui d’habitude attend chaque repas de la journée avec impatience et appétit, et est plus gourmand que de raison, je n’ai aucune envie alimentaire, pas même une tartiflette (mon plat préféré) ou n’importe quel plat improbable. Je commence du coup à flipper sévèrement, sans en dire mot à Julien, qui ne peut pas m’aider dans tel cas. Celui-ci s’en va vers 8h30, et il me reste 9km avant la prochaine pause planifiée in situ : je comprends assez vite que je ne vais pas pouvoir courir jusqu’à 14h comme ça. Bref, les 9km sont très désagréables, et la musique ne m’aide pas à chasser cette douleur de plus en plus handicapante : je boite du côté droit pour la miniser.

C’est dans cet état que François (un ami rugbyman) me découvre en passant par là en voiture. Il se gare et je marche 300m avec lui, lui expliquant où j’en suis et ce qui me reste à faire. Il me félicite d’être arrivé jusque-là et me prie de faire au mieux pour continuer et réussir. Je finis mes deux derniers tours, et un peu avant 10h, je m’autorise une dernière pause après 21km en 2h28, soit 8,5 de moyenne. Pas glorieux. Je rentre me reposer et mon calcul est rapidement posé : je rattaque à midi et il me restera 2h pour boucler ces derniers 16km. Objectivement, c’est très faisable, et mon statut Facebook me fait paraitre bien confiant : « + 21km en 2h28. Oui la moyenne baisse sérieusement : 8,5km/h. (douleurs pied et mollet droits). En tout cas, 84km au compteur (record égalé). Plus que 16 à faire entre midi et 14h. Au bout !!^^ ».

Dernier habillage. Caleçon, chaussettes, short et mollets de compression --- Au passage, un grand merci à mon papa pour m’avoir envoyé ces deux accessoires qui m’ont j’en suis sûr bien aidé, notamment le short hyper efficace : d’habitude, c’est le bas de mes quadri, près de la rotule, qui montre les premiers signes de fatigue. Alors que cette fois, ce sont le pied et le mollet droits qui font de la résistance. C’est signe que la caractéristique compressive du vêtement procure un meilleur maintien au niveau quadriceps et hanches. --- Je reprends : …, t-shirt ML chaud, camelback, bonnet, gants, et une seule idée en tête ! Plus rien n’a d’importance pendant ses deux dernières heures, pas même les dossiers universitaires à rendre dans quelques jours.

A midi, j’effectue mon dernier départ, même si les bénévoles m’exhortent à aller me reposer en me voyant déjà boiter grave pour rejoindre le départ. C’est mal me connaitre, hors de question de passer deux heures à se dire : « 84km c’est bien déjà, mais bon, 100 ça aurait été mieux, c’est ce que t’avais dit à tout le monde en plus. Non ? ». Bref, ma décision est déjà prise, et je commence tout doux le premier tour (61e en réalité !) que je commence à connaitre. Dernier coup de musique et c’est parti ! Les km passent assez doucement mais il y a beaucoup de personnes sur le parcours et certains d’entre eux m’ont déjà vu passer un paquet de fois et m’encouragent. Le décompte est lancé, plus que 13km, plus que 12…

Cette fois, je n’aurais pas d’assistance connue, mais j’ai retrouvé un peu d’appétit même si c’est pas ça encore. Un gars de la course avec qui j’avais discuté la veille, revient me taper la discute, et je coupe ma musique pour discuter avec lui. Je passe la première heure, et 9km de plus au compteur. Le gus me lâche un peu après et il ne me reste plus que 7km soit 5 tours. Je comprends rapidement que ça ne peut plus louper. La douleur au pied est devenue supportable, je m’y suis habitué, je l'ai domptée. Et après 98km, le bonheur est total, j’ai réussi mon pari, mieux j’ai gagné mon combat contre moi-même !

Le dernier tour est toujours aussi long mais je l’apprécie à sa juste valeur. Je rejoins enfin les bénévoles en constatant sur la fiche de marque que j’ai bouclé 72 tours. Mes calculs sont exacts, ça fait bien 100,8 km, mais il est 13h50, j’ai donc 10 min à tuer, et pourquoi pas faire un 73e tour ? (clin d’œil à ma Savoie d’adoption). L’idée me plait et la bénévole sourie tout en secouant la tête en signe d’incompréhension. Et je m’offre un second « dernier tour », pour en profiter au max, même s’il commence par me sortir par les yeux. Et voilà, 73 tours parcourus, je suis aux anges. Je l’ai fait !!! Je me pose près du ravito, sur un banc, et réfléchit à tout ça.

Mes 10h30 de course cumulées ne me hisseront encore pas que le podium cette année, le 3e ayant parcouru 133km et le 1er, tenez-vous bien, 210 !! Un autre niveau !! Pas grave, je ne suis pas venu pour la gloire ni pour être récompensé, je suis très bien dans mon anonymat. Je rentre chez moi pour prendre une bonne douche et masser ces membres inférieurs douloureux. Un pti statut Facebook pour tenir les gens au courant et les remercier de leur soutien. En effet, c’est en partie grâce à eux que je me suis interdit d’abandonner. Je réalise qu’on ne court pas que pour soi, mais aussi un peu pour les autres, pour ceux qui nous suivent, que ça intéresse.

Et un rêve de plus de réalisé !

La semaine et demi de récup me permet de cogiter à un nouvel objectif, même si j’en ai un derrière la tête depuis le 15 aout dernier. Je vous ai pas raconté ?

Au prochain chapitre alors…

100km à pied, ça use, ça use...
100km à pied, ça use, ça use...
100km à pied, ça use, ça use...
100km à pied, ça use, ça use...
100km à pied, ça use, ça use...

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IronDad 19/01/2014 11:03

C'est bien mon gars, tu commences à devenir un dur au mal. La douleur au pied, j'en avais pas entendu parler. C'est peut-être ça qui te chagrinait lors de notre boucle à Chanturgue ? J'imagine que c'est du passé, et que si c'est pas le cas, tu feras voir ça à quelqu'un de compétent.
Moi, en ce moment, j'me traîne, mais me fais pas trop de souci. Ca va revenir en augmentant l'entrainement et diminuant ce que je mets dans l'assiette.
Pas mal écrit du tout. J'sais pas de qui tu tiens ça.
Tchu mon gars

Matleo 19/01/2014 18:40

Oui elle m'a repris a la fin de la sortie a Chanturgue, mais le fait que j'me trainais dans les cotes au début n'était pas du à ca. Oui, c'est du passé.
Oui ca reviendra au printemps en augmentant la charge d'entrainement.
Merci, oui c'est bizarre, y a pas d'écrivain dans ma famille^^
Bises